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L'ovule choisit-il le spermatozoïde ? Ce que montre vraiment la recherche

Compilé et vérifié à partir des sources citées, revu par notre équipe éditoriale. · Dernière mise à jour:

À l’école, l’histoire était celle-ci : des millions de spermatozoïdes s’élancent dans une course, le plus rapide atteint l’ovule en premier et gagne. La partie la plus importante de ce récit est fausse.

L’ovule n’est pas une ligne d’arrivée, c’est un filtre. Il n’attend pas passivement ce qui arrive : il appelle les spermatozoïdes chimiquement, il ne les appelle pas tous avec la même force, et dès que l’un d’eux est entré, il referme la porte en quelques secondes.

Vingt ans de recherche ont précisé ce tableau étape par étape. Voici ce que l’on sait — et, tout aussi important, ce que cela ne veut pas dire.

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Cet article rapporte des résultats scientifiques de biologie de la reproduction. Il ne remplace ni un avis médical, ni un diagnostic, ni un traitement. Pour une question personnelle sur la conception ou la fertilité, consultez un médecin.

🔬 L'essentiel
L'histoire de la courseLe plus rapide ne gagne pas ; il y a tri tout du long
L'appel de l'ovuleUn gradient de progestérone oriente (chimiotactisme)
SélectivitéLe liquide folliculaire attire plus fortement certains hommes
La surpriseCette préférence ne recoupait pas le choix du partenaire
La porteUn entré, l'enveloppe durcit et bloque les autres
Ce que ce n'est pasPas « l'ovule choisit le meilleur bébé »

Pourquoi l’histoire de la course est fausse

L’erreur n’est pas dans le mot « course ». Elle est dans l’hypothèse sur qui fixe les règles de la course.

Des centaines de millions de spermatozoïdes partent. Quelques centaines à quelques milliers atteignent les abords de l’ovule. Cet écart énorme n’est pas le résultat d’une épreuve de vitesse : c’est celui du fait que les voies génitales féminines constituent un filtre de bout en bout.

Plusieurs mécanismes distincts guident et trient les spermatozoïdes :

  • Rhéotactisme : ils tendent à nager à contre-courant du fluide, ce qui trie ceux qui vont dans le bon sens.
  • Thermotactisme : la région où se trouve l’ovule est légèrement plus chaude que son environnement, et les spermatozoïdes s’orientent vers cette différence.
  • Chimiotactisme : des signaux chimiques diffusés autour de l’ovule attirent les spermatozoïdes vers la source. C’est là que tout se joue.

Ce n’est donc pas « le plus rapide gagne », mais : une poignée de spermatozoïdes capables de s’orienter correctement, de lire le signal et de franchir le tri arrivent en finale.

Comment l’ovule appelle

Quand l’ovule quitte l’ovaire, il n’est pas seul : il est entouré d’un nuage de cellules du cumulus. L’une des principales substances qu’elles sécrètent est la progestérone.

À mesure que ces cellules libèrent de la progestérone, un gradient de concentration se forme autour de l’ovule — comme une piste odorante qui s’intensifie près de sa source. Les spermatozoïdes détectent ce gradient et nagent vers la concentration croissante. Les voies de signalisation en jeu sont décrites : une cascade passant par l’AMP cyclique se déclenche d’abord, suivie de la mobilisation du calcium.

Le point décisif : c’est le côté de l’ovule qui produit le signal. Les spermatozoïdes n’errent pas au hasard en percutant un ovule par chance. Ils vont là où on les appelle.

La vraie question : l’appel est-il le même pour tous

C’est ici qu’une étude publiée en 2020 a changé le tableau.

Des chercheurs de la Manchester Metropolitan University et de l’université de Stockholm, dans Proceedings of the Royal Society B, ont comparé le liquide folliculaire de femmes — celui dans lequel l’ovule se développe et qui porte les substances attractives — avec les spermatozoïdes d’hommes différents.

Le résultat : le liquide folliculaire de femmes différentes attire de façon constante et avec une intensité différente les spermatozoïdes d’hommes différents. Le liquide d’une femme attirait plus fortement les spermatozoïdes d’un homme, celui d’une autre ceux d’un autre. Ce n’était pas une dispersion aléatoire mais un motif reproductible.

Le deuxième résultat a été le plus commenté : cette préférence chimique ne coïncidait pas avec le choix de partenaire de la femme. Les spermatozoïdes les plus fortement attirés n’étaient pas nécessairement ceux du conjoint.

Les auteurs ont rattaché cela au choix femelle cryptique : une sélectivité qui opère après l’accouplement, au niveau des gamètes, indépendamment de la préférence consciente.

Ce que ce résultat ne signifie pas

Cette partie compte autant que le résultat lui-même, car c’est là que les titres déforment le plus.

Cela ne veut pas dire « l’ovule choisit le meilleur bébé ». L’étude a montré une différence d’intensité d’attraction. Elle n’a pas montré si cette différence se traduit par une fécondation réussie, une grossesse qui se poursuit ou la santé d’un enfant.

Cela ne veut pas dire que vous êtes « incompatible » avec votre partenaire. Qu’un liquide folliculaire attire plus fortement les spermatozoïdes d’un autre homme ne signifie pas qu’un couple ne peut pas concevoir. Des milliards d’êtres humains existent non pas malgré ce mécanisme, mais avec lui.

C’était en laboratoire. L’expérience mettait liquide et spermatozoïdes en présence dans des conditions contrôlées. Ce qu’il en reste dans l’environnement complexe du corps est une autre question.

Ce n’est ni un test ni un dépistage. Aucune pratique clinique ne mesure une « compatibilité du liquide folliculaire » pour orienter les couples. Il s’agit de recherche fondamentale.

Une fois un spermatozoïde entré : la porte se ferme

La sélectivité ne s’arrête pas à l’appel. La décision réelle se joue au moment du contact.

L’ovule est entouré d’une enveloppe de glycoprotéines, la zone pellucide. Un spermatozoïde doit la traverser, et le passage n’est pas libre : il doit pouvoir se lier à des protéines précises de cette enveloppe.

Dès qu’un spermatozoïde entre, l’ovule réagit en quelques secondes et l’enveloppe durcit. Au moins trois mécanismes sont décrits :

  • L’enzyme ovastacine clive la protéine ZP2 de l’enveloppe et détruit ainsi le site de liaison des spermatozoïdes — la serrure est démontée.
  • Le zinc libéré par les granules corticaux (l’« étincelle de zinc ») perturbe la mobilité des spermatozoïdes qui approchent.
  • La transglutaminase-2 réticule les protéines ZP3 et rigidifie physiquement l’enveloppe.

C’est le blocage de la polyspermie, et sa fonction est vitale : un ovule pénétré par plus d’un spermatozoïde porte trop de chromosomes et ne peut pas se développer. Que l’ovule « ferme la porte » n’est donc pas une question de préférence : c’est la condition même de l’existence d’un embryon.

Ce qui se passe du côté du spermatozoïde

La sélectivité n’est pas à sens unique. Les spermatozoïdes doivent eux aussi accomplir une maturation avant de pouvoir féconder : la capacitation. Pendant leur séjour dans les voies féminines, leur membrane change et leur nage se modifie ; seuls ceux qui achèvent cette transformation deviennent aptes à féconder.

Au bout du compte, le tri se fait des deux côtés : ceux qui ne franchissent pas le trajet, et ceux qui ne savent pas ouvrir la porte.

Ce que cela signifie pour la fertilité et la FIV

Ce champ de recherche ne s’est pas traduit en traitement. Mais il fournit un cadre pour comprendre pourquoi certains couples s’entendent dire qu’ils ont une « infertilité inexpliquée » : même avec un spermogramme normal, la compatibilité au niveau des gamètes peut être un facteur.

L’injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) occupe ici une place particulière. Le spermatozoïde est déposé directement dans l’ovule : le trajet comme l’enveloppe sont contournés, donc les deux couches de sélectivité naturelle sont désactivées. Ce n’est pas un défaut de la technique, c’est l’une des raisons pour lesquelles elle n’est employée que lorsqu’elle est nécessaire.

Questions fréquentes

L’ovule choisit-il le spermatozoïde ? Pas au sens courant de « choisir », mais il n’est pas passif non plus. Il attire les spermatozoïdes par des signaux chimiques, et cette attraction n’est pas également forte selon les hommes. Il empêche aussi activement les autres d’entrer une fois le premier passé.

Le spermatozoïde le plus rapide gagne-t-il ? Non. La vitesse seule ne décide pas. L’orientation, la lecture du signal et le passage du tri comptent davantage.

Combien de spermatozoïdes atteignent l’ovule ? Sur des centaines de millions, quelques centaines à quelques milliers seulement parviennent jusqu’à la région de l’ovule.

Comment l’ovule attire-t-il les spermatozoïdes ? Les cellules du cumulus qui l’entourent sécrètent de la progestérone, formant un gradient de concentration que les spermatozoïdes remontent.

Qu’a montré exactement l’étude sur le liquide folliculaire ? Publiée en 2020 dans Proceedings of the Royal Society B, elle a montré que le liquide folliculaire de femmes différentes attire de manière constante les spermatozoïdes d’hommes différents avec des intensités différentes, et que cette préférence ne coïncidait pas avec le choix de partenaire.

Cela veut-il dire que je suis incompatible avec mon partenaire ? Non. L’étude mesurait une intensité d’attraction, pas une réussite de conception. Elle ne produit ni test ni recommandation clinique.

Pourquoi un seul spermatozoïde peut-il entrer ? Un ovule pénétré par plusieurs porte trop de chromosomes et ne peut se développer. Dès le premier entré, l’ovule durcit son enveloppe et exclut les autres.

Qu’est-ce que la zone pellucide ? L’enveloppe de glycoprotéines qui entoure l’ovule. Le spermatozoïde doit s’y lier et la franchir ; juste après la fécondation, elle durcit et ferme la porte.

Comment fonctionne le blocage de la polyspermie ? Trois mécanismes ensemble : l’ovastacine clive le site de liaison ZP2, le zinc issu des granules corticaux perturbe les spermatozoïdes qui approchent, et la transglutaminase-2 réticule ZP3 pour rigidifier l’enveloppe.

Qu’est-ce que la capacitation ? La maturation que subissent les spermatozoïdes dans les voies génitales féminines et qui les rend aptes à féconder. Sans elle, aucune fécondation.

Est-ce utilisé en FIV ? Pas comme test. Mais en ICSI le spermatozoïde est injecté directement dans l’ovule, ce qui contourne les étapes de sélection décrites ici.

Les jumeaux sont-ils une exception ? Non. Les faux jumeaux viennent de deux ovules fécondés par deux spermatozoïdes ; les vrais jumeaux d’un ovule fécondé qui se divise ensuite. Dans les deux cas, un ovule pour un spermatozoïde.

L’ovule choisit-il le sexe de l’enfant ? Non. Le sexe dépend du chromosome X ou Y porté par le spermatozoïde fécondant. Rien n’indique que l’ovule fasse ce choix.

Sources

  1. Fitzpatrick JL et al. — Chemical signals from eggs facilitate cryptic female choice in humans. Proceedings of the Royal Society B, 2020. https://royalsocietypublishing.org/rspb/article/287/1928/20200805/85674/Chemical-signals-from-eggs-facilitate-cryptic
  2. Texte intégral de la même étude (archive PMC). https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7341926/
  3. Teves ME et al. — Molecular mechanism for human sperm chemotaxis mediated by progesterone. PLOS ONE. https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0008211
  4. Que EL et al. — Zinc sparks induce physiochemical changes in the egg zona pellucida that prevent polyspermy. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5439353/

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